Principes généraux de réanimation

Rédigé le 12/03/2026
Emilie Bonneau


  • L’arrêt cardiorespiratoire (ACR) est caractérisé par l’état d’inconscience du patient, associé à une respiration absente ou anormale ET à une absence de pouls.
  • En réanimation, un patient doit être considéré comme un adulte s’il présente des signes de puberté. Dans le doute, il doit être traité comme un adulte.
  • La section « SITUATIONS DE RÉANIMATION » est applicable à la clientèle pédiatrique, de la sortie du CH (de la maison de naissance ou après quelques heures de vie, si l’accouchement a eu lieu au domicile de la mère) jusqu’à la puberté (incluant les patients de moins d’un mois).
  • Le paramédic doit être CERTAIN qu’il perçoit un pouls carotidien chez l’adulte et l’enfant, ou un pouls brachial/fémoral chez le nourrisson. La prise de pouls doit être unique et avoir une durée maximale de 10 secondes, avant que le paramédic décide de ne pas appliquer le protocole de réanimation ou de cesser celui-ci. Dans le doute, il doit procéder à la réanimation ou la continuer.
  • Les manoeuvres de réanimation doivent être initiées dès que l’ACR est constaté, sauf s’il y a présence d’une directive de non-réanimation, de mort irréversible ou de mort évidente. Dans le doute, le paramédic ne doit pas retarder l’initiation des manoeuvres de réanimation. Au besoin, se référer à la section « ASPECTS MÉDICO-LÉGAUX ».
  • La prise initiale de pouls d’un patient doit toujours être effectuée lors de situations de noninitiation des manoeuvres (sauf pour la mort évidente) ou lors de tout arrêt des manoeuvres.

Causes d’ACR : Situation médicale ou traumatique

  • Médicale (ex. : ischémie cardiaque, intoxication, hypoxie, etc.);
  • Traumatique/hémorragique ou particulière :
    • Traumatisme contondant avec cinétique à risque de lésions traumatiques graves (pour des exemples [non exhaustifs], se référer à l’étape 3 de l’EQTPT);
    • Traumatisme pénétrant de la région centrale;
    • Hémorragie traumatique ou médicale : l’hémorragie doit être importante et être clairement documentée (hématémèse ou rectorragies abondantes, lacération avec saignement important, etc.);
    • La femme enceinte ≥ 20 semaines (tous contextes).

Position des électrodes de défibrillation chez l’adulte

  • En position standard, les électrodes sont placées en position antéro-latérale. L’électrode antérieure (A) est centrée au-dessus du sein droit en parasternal. L’électrode latérale (B) est située à gauche, sur la ligne axillaire moyenne (sous le sein chez la femme).

 



  • Lors d’un changement de vecteur, retirer les électrodes en place (antéro-latéral) et installer de nouvelles électrodes en position antéro-postérieure, tout en minimisant les interruptions des compressions thoraciques :
    • L’électrode antérieure (A) se place en position postérieure, entre la colonne dorsale et la pointe inférieure de l’omoplate gauche. Détacher la pastille de massage de l'électrode (A) et l'installer sur le sternum;
    • L’électrode latérale (B) peut être placée sous le sein gauche (apex du cœur), sur la ligne mi-claviculaire ou en parasternal gauche. Les deux options sont cliniquement équivalentes. 



  • Lors d’un choc recommandé par le moniteur défibrillateur à la suite d’une analyse, assurer la sécurité des intervenants et donner le choc. 
  • Chez le patient intubé, l’administration d’oxygène peut se poursuivre si les électrodes adhésives sont collées adéquatement.
  • Pour les enfants de moins de 25 kg :
    • sélectionner le mode pédiatrique avant la première analyse;
    • utiliser les électrodes de défibrillation pédiatriques appropriées en position antéro-postérieure, en se référant aux recommandations du fabricant;
    • en cas de doute sur le poids de l’enfant, ne pas activer le mode pédiatrique, car la dose d’énergie délivrée risquerait d’être trop faible.

Trachéotomie

  • Si le patient est porteur d’une trachéotomie, se référer à la technique Trachéotomie afin de déterminer de quelle façon le ventiler.

Ventilation

  • S’assurer que la ventilation du patient est efficace en vérifiant qu’il n’y a pas de résistance et que le thorax se soulève (se référer au protocole Insuffisance respiratoire). La ventilation du patient doit être effectuée avec de l’oxygène à haute concentration. Se référer à la technique Assistance ventilatoire.

Voies respiratoires compromises (non perméables)

  • En présence de trois gestions successives des voies respiratoires qui s’avèrent infructueuses (régurgitations du bol alimentaire, saignement, etc.), il est acceptable de suspendre ce qui les cause (ventilations ou compressions thoraciques) et d’intuber le patient dès que possible (sans que ce soit à la suite d’une analyse). Continuer le protocole de réanimation applicable là où il a été interrompu. En présence d’une obstruction des voies respiratoires par un corps étranger, ne pas intuber et se référer au protocole Obstruction des voies respiratoires supérieures par un corps étranger.

Réanimation cardiorespiratoire (RCR) de qualité

  • Viser une RCR de haute qualité, basée sur les normes de l’ILCOR. Les compressions thoraciques doivent être effectuées en visant le moins d’interruption possible (concept du duty cycle) incluant l’installation des électrodes de défibrillation, l’intubation, la préparation du patient pour l’évacuation, l’évacuation et le transport. Si la RCR est interrompue, elle doit être recommencée dès que possible. Lorsque la situation le permet, il est recommandé de changer de masseur toutes les deux minutes.
  • Chez la femme enceinte ≥20 semaines, effectuer le déplacement utérin latéral gauche (et vers le haut) manuellement (DULG) pendant les manœuvres de réanimation. Interrompre ou cesser le DULG si cela compromet la qualité de la RCR (p.ex : autres gestes prioritaires, évacuation, etc.). 

Normes de l’International Liaison Committee on Resuscitation (ILCOR) :

Éléments de la réanimation Adulte
(signes de puberté)
Enfant
(≥ 1 an à < puberté)
Nourrisson
(sortie du CH à ˂
1 an)
C-AB (durée) 5 à 10 secondes
C-AB (site de prise de pouls) Carotidien Brachial/fémoral
Compressions (profondeur) 5-6 cm 1/3 du diamètre du thorax

Relâchement thoracique complet entre chaque compression

Compressions (vitesse) 100-120/minute
Compressions (technique suggérée)
2 mains 1 main (1-8 ans) ou  2 mains (8 ans à puberté) Encerclement à deux mains ou talon de la main
Compression (site) 1/3 inférieur du sternum
Ratio RCR si non intubé 30:2 30:2 seul ou 15:2 à deux intervenants
Ventilations asynchrones en RCR lorsqu’intubé
OU
Assistance ventilatoire avec pouls (intubé ou non)
1 toutes les 6 sec. 1 toutes les 2 à 3 secondes
En RCR ou en assistance ventilatoire, administrer seulement le volume d’air nécessaire pour voir le thorax commencer à se soulever (non objectivable en asynchrone).

Périodes de deux minutes de RCR

  • Les périodes d’environ deux minutes de RCR s’effectuent avec un ratio de 30:2 (5 cycles), pour les adultes, et avec un ratio de 15:2 (10 cycles) à deux intervenants (si disponibles) pour la clientèle pédiatrique. Dans ces situations, il faut terminer par les compressions thoraciques avant de demander une analyse au moniteur défibrillateur. Si deux intervenants sont disponibles et que le patient est intubé, deux minutes de RCR correspondent à une série de 200 à 240 compressions (selon la vitesse de l’intervenant) avec ventilations asynchrones. Dans cette situation, le minuteur du moniteur défibrillateur peut aussi être utile afin de calculer les deux minutes de RCR requis entre les analyses.

RCR et intubation

  • Pendant la technique d’Intubation, des compressions thoraciques sans ventilation doivent être effectuées, et la RCR avec ventilations (FiO2 à 1,0) doit être reprise une fois la procédure d’intubation terminée. Selon le contexte, effectuer le nombre de compressions avec ventilations nécessaires afin de compléter les deux minutes de RCR requises entre les analyses. Si le patient est intubé et que deux intervenants sont disponibles, la RCR avec ventilations asynchrones (selon les normes) doit être privilégiée. Dans le contexte, les ventilations doivent être effectuées au ballon-masque.

Moments indiqués pour la prise de pouls

  • Si la capnographie est disponible prendre un pouls aux moments suivants : lors du « C-AB », en présence de signe de perfusion*.
  • Si la capnographie est non disponible, prendre un pouls aux moments suivants : lors du « C-AB », lors du VPO (Combitube), avant d’entreprendre l’évacuation, en présence de signes de perfusion* et si applicable, lors d’un « choc non conseillé » après une analyse prédépart dans le véhicule ambulancier. 
    * Signes de perfusion : réponse à la douleur ou mouvements spontanés et/ou montée significative et soudaine de l’ETCO2. Dans ce contexte, l’apparition d’une activité électrique organisée seule ne doit pas être considérée comme un signe de perfusion. 

Récidive

  • Si le patient est réanimé (pouls soutenu > 30 secondes) et qu’il subit un nouvel ACR, recommencer le protocole à partir du début.

Déplacement

  • Les deux paramédics doivent demeurer au chevet du patient durant toutes les étapes de la réanimation qui sont prévues au protocole avant d’entreprendre l’évacuation.
  • Durant l’évacuation, les éléments spécifiques suivants doivent être respectés :
    • Lors du déplacement du patient de la scène au véhicule ambulancier, lorsqu’il y a impossibilité de continuer la RCR (ex. : escalier), la période d’arrêt doit être la plus courte possible;
    • Il est recommandé de ne pas interrompre la RCR pour une durée supérieure à 10 secondes. Si de façon exceptionnelle, lors de l’évacuation, une période d’interruption de 30 secondes est atteinte, effectuer 2 minutes de RCR avant de reprendre le déplacement.

Si disponible et selon l’organisation régionale, un appareil de massage cardiaque automatisé peut être utilisé pour l’évacuation et le transport du patient adulte nécessitant des soins de réanimation médicale (situation régulière) (voir la section « PROTOCOLES ET TECHNIQUES AUXILIAIRES – Massage cardiaque automatisé »).

  • Lors de l’évacuation ou du transport du patient, si le paramédic remarque un rythme défibrillable (ex. : lors des ventilations) ou si le moniteur défibrillateur avise qu’un rythme défibrillable est présent (il affichera alors « Vérifier patient »), et que ça ne semble pas être causé par des artéfacts de mouvements :
    • S’assurer d’avoir des conditions appropriées pour l’obtention d’une analyse sans artéfacts (au besoin immobiliser le véhicule ambulancier);
    • Effectuer une analyse;

Ces étapes peuvent être répétées toutes les cinq minutes.

ACR dans le véhicule ambulancier

  • Appliquer la section du protocole appropriée, mais sans procéder aux analyses de prédépart.